Architecture, l'esprit du lieu

Hôtel de Pourtalès, Paris

Par Nat Lecuppre, le 31 janvier 2025.
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Il existe dans Paris un lieu appelé Hôtel de Pourtalès dédié à une clientèle très haut de gamme qui souhaite séjourner dans l’anonymat total sans aller à l’hôtel et se sentir comme chez elle.

Pour cette adresse secrète, située à proximité de la Madeleine au 7, rue Tronchet dans le 8e arrondissement, c’est le bouche-à-oreille qui fonctionne.

Hôtel de Pourtalès.

À l’origine, le comte James Alexander de Pourtalès, un diplomate et collectionneur d’art d’origine française, vit en Suisse.

En 1815, il vient s’installer à Paris et demande à l’architecte Félix Duban de lui bâtir un écrin pour ses collections dans le style néo-Renaissance. C’est ainsi qu’est né l’Hôtel de Pourtalès avec son architecture caractérisée par ses arcades, pilastres, sa cour intérieure… rappelant les palais toscans.

Depuis 2002, l’ensemble du site est classé aux Monuments Historiques. Les enjeux sont donc importants lorsqu’il s’agit de rénovation des lieux. En 2006, Anthony Béchy signe la première réhabilitation. Puis intervient le studio Labaye Sumi en 2019 et jusqu’à ce jour, en site occupé pour les réaménagements successifs et les évolutions des espaces (cuisines, salles de bains).

Portrait du studio.

Le Studio Labaye Sumi, avant tout un duo : Agathe Labaye, architecte, et Florian Sumi, artiste plasticien. Les deux trentenaires sont complémentaires. Ils ont une vision transversale. Ils trouvent un équilibre en alliant leurs expertises et savoir-faire et font de l’objet une architecture. À l’image de ses projets, le studio est discret mais multidisciplinaire et aux compétences sans limite. Il a signé depuis 2018 des pièces de collectible design représenté par la galerie Charles Burnand à Londres, le concept hôtelier pour la nouvelle marque du promoteur immobilier Réalité(s), l’architecture intérieure d’un ilot de sept immeubles à Juan-les-Pins, la création de la première boutique de la marque de joaillerie Statement ou encore BonParfumeur… et bien entendu l’Hôtel de Pourtalès.

Le projet.

Le client, représenté par Antoine Bidan, directeur général de l’établissement, et Kathlene Guerrache, sa directrice commerciale, avait juste donné comme impératif au Studio Labaye Sumi de concevoir des lieux empreints d’élégance, de clarté, de douceur où chacun peut se retrouver. Il fallait tout d’abord trouver un concept cohérent avec la configuration des lieux et leur attribuer une harmonie. Le site est constitué de deux bâtiments : un classé et un autre attenant, contemporain.

Pour ce projet, le Studio Labaye Sumi a pris en compte l’ADN du site. Il a apporté une touche de design, de contemporanéité au côté classique et à l’histoire des lieux. Les volumes sont extraordinaires et les traces du passé sont conservées comme les voûtes et les charpentes pour créer des espaces mêlant luxe et sobriété. Les tonalités retenues sont chaudes, lumineuses, réhaussées de pointes de vert, de jaune, qui font écho à la végétation luxuriante des terrasses des suites. Les 1 200 m2 se répartissent sur sept étages. L’établissement dispose de deux chambres et 9 suites de 95 m2 à 367 m2.

Le Studio Labaye Sumi joue sur l’intemporalité et choisit avec une attention particulière un mobilier sculptural. À savoir des pièces iconiques de Charlotte Perriand, Le Corbusier, Rietveld, Scarpa, mais aussi des œuvres de la nouvelle garde du design français comme Garnier & Linker, Studio Pool.

En franchissant la porte de la rue Tronchet, l’hôte est aussitôt coupé de la vie citadine bruyante. La cour intérieure est un havre de paix avec un jardin luxuriant. Des terrasses végétalisées sont implantées au premier et aux deux derniers étages. Agathe Labaye et Florian Sumi souhaitaient rendre hommage à Félix Duban. Ils le font au travers de leur réinterprétation de la cour et du vestibule. L’ornement de la cour se développe jusque dans l’entrée avec une série de colonnes. Le plafond est orné d’une fresque aux couleurs brûlées en clin d’œil à Pompéi. Avec ces quelques détails, on entre dans une demeure privée et intemporelle.

S’approprier les lieux.

Leur objectif : que l’hôte qui vient séjourner quelques jours ou quelques mois voire années s’approprie les lieux comme chez lui. Pour cela, le Studio Labaye Sumi donne à l’art et la peinture toutes leurs lettres de noblesse. Dans la suite Garden Duplex (345 m2), la pièce maîtresse est une immense fresque créée par l’atelier parisien Redfield & Dattner. Elle rappelle les grandes fresques du XIXe siècle. Elle vibre avec des reflets d’or et fait écho aux tonalités de brique, sauge et anthracite de l’appartement.

Si les architectes ont porté une attention particulière au choix du mobilier, ils ont également réalisé une collection de mobilier sur mesure. Composée de 70 pièces uniques, elle lie l’utilisation de marbres très expressifs et l’acier laqué. L’harmonie et le détail font partie de leur ADN, si ce n’est la griffe qui les caractérise. Leur vocabulaire se distingue à travers les détails de construction et d’assemblage.

Un lieu qui exauce tous les vœux.

Si l’Hôtel de Pourtalès était un « No address », il est aussi un No limit. Les services proposés sont premium et sans limite. Les clients y vivent une expérience singulière. C’est le lieu de tous les possibles. L’établissement peut être privatisé dans sa totalité. Un service sur mesure avec sa conciergerie est l’un des plus prisés de Paris. Les prestataires les plus renommés collaborent avec l’établissement (le fleuriste parisien René Veyrat, le chef étoilé Akrame Benallal…).

Pour une expérience ultime, l’Hôtel de Pourtalès a une conciergerie d’exception. Tout est réalisable (réservations de chefs privés, des soins relaxants dans votre appartement, emballage-déballage des valises, organisation de votre séjour, réservations pour vos sorties, livraisons des sacs de shopping, service de chauffeur privé, tailleur et teinturier sur demande…

La gastronomie n’est pas en reste au Pourtalès. Elle est célébrée dans la cour intérieure. Le restaurant du chef étoilé Akrame Benallal s’y installe. Les clients peuvent également bénéficier des talents de l’étoile montante, Gaston Savina, qui officie à Londres. Chef privé de l’établissement, il traverse la Manche régulièrement pour combler les clients de l’hôtel.

L’Hôtel de Pourtalès est une véritable prouesse architecturale. C’est une œuvre d’art à lui seul. Il incarne le luxe à la française. Les célébrités ne cessent de s’y bousculer et y reviennent.

Le projet d’Agathe Labaye et de Florian Sumi est couronné de succès. Il répond aux attentes de son client. Chapeau bas !

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    Hôtel de Pourtalès

    7, rue Tronchet

    75008 Paris

    Tél. : +33 (0)1 42 68 40 60

    www.hotelpourtales.com

    Studio Labaye Sumi

    19, rue de Montmorency

    75003 Paris

    TéL. : +33 (0)6 68 85 40 34

    www.labayesumi.com

    Retrouvez cet article dans le nda numéro 58
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    Créateur

    Moi, canapé, diva des divans

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    Depuis le Moyen Âge, j’en ai vu de toutes les matières, couleurs, et formes ! En 2024, riche de mon long passé, je veux bien être indémodable et écolo mais ni patapouf ni standard, je veux rester exceptionnel et inventif. Histoire. Moi, canapé, j’ai connu tellement de transformations, de savoir-faire, de modes – ou pire de tendances – depuis mes origines ! Dans quel état j’erre en 2024 ? Mon histoire est si longue. Mon nom de canapé viendrait de « kônôp », « moustique » selon les Grecs de l’Antiquité. Moustique ? Ils sont fous ces Grecs ! Mes vrais ancêtres seraient plutôt les bancs coffres du Moyen Âge en bois sculpté. Ce n’est qu’au XIXe siècle que se codifient mon histoire et styles successifs. Je serai roman, Renaissance, Louis XV… Au XVIIIe siècle, ouf, un certain messire Antoine Furetière me définit clairement : « Une sorte de chaise à dos, fort large, où il peut s’asseoir deux personnes à la fois » 1. Styles ! Avec les rois, Louis XIII et les suivants, je vais connaitre en France bien des fastes : le plaisir du capitonnage, des matériaux et tissus précieux, je vais être travaillé par des artisans réputés. Je représente et supporte les séants du pouvoir ! À la Révolution, je serai détruit ou réemployé, puis je redeviendrai Empire, Restauration… Mes synonymes se diversifient : causeuse, divan, méridienne, sofas, tête-à-tête, indiscret, duchesse brisée, ottomane, canapé à joues, confident… De style, je le suis encore aujourd’hui, sous forme de témoin de mes différentes périodes, j’habite dans les châteaux, chez les antiquaires et surtout dans les musées, dont le MAD de Paris 2… Je suis aussi réinterprété ou souvent copié. Au XXe siècle, j’ai particulièrement aimé le style Art Nouveau qui m’a paré d’ornementations végétales. Puis l’Art Déco, le Bauhaus allemand m’ont fait devenir moderne. Avec le « Less is more », mes lignes claires, machiniques et en métal auraient pu m’envoyer à l’hôpital. J’étais vexé ! J’ai résisté en L2 et L3 de Le Corbusier, encore réinventé chez Cassina. Je suis Immortel. Pop. Puis tout a changé après la Seconde Guerre mondiale. L’American Way of Life gagne l’Europe à la fin des années 1950. L’irruption de la télévision dans les intérieurs exige que je devienne très confortable pour regarder ce petit écran, on s’affale sur mes ressorts. Je règne sur des tables basses, des poufs… En mousse recouvert de jersey, en cuir, je suis à l’aise sur des moquettes (que l’on fume souvent). Avec le « Design pour tous », je suis popularisé par la société de consommation ! Organique support de l’hédonisme 69, je deviens pop ! Le si inventif Pierre Paulin m’a vu en Déclive ! Les Italiens, d’Ettore Sottsass à Gaetano Pesce, m’ont fait flirter avec des supports ovnis et narratifs. Même si Jacques Tati m’a caricaturé dans son film Mon oncle, j’ai aimé à la folie cette période si dingue. Sculpture. Avec les années 1980, le postmodernisme m’a vénéré tel une œuvre artistique. Je suis devenu barbare avec Garouste et Bonetti, sculpture avec Martin Szekely. Le mouvement Memphis m’a même orné de stratifié plastique ! Et me voilà mis dans la niche élitiste de la pièce unique ! Cela se calme un
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