Architecture, l'esprit du lieu

D’une chapelle en lieu de soins

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Par Sipane Hoh, le 30 mars 2026.
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© Flare Department – Mart Goossens

Lush Labyrinth est un cabinet de psychologie qui prend place dans une chapelle monumentale du centre-ville d’Amsterdam. L’ensemble se caractérise par son sol en « labyrinthe » et ses traitements qui s’éloignent des standards.

Située dans le quartier du Plantage qui encercle le zoo Artis, à Amsterdam, la chapelle De Nieuwe Sint Jacob, autrefois intégrée à un établissement psychiatrique en 1866, vient d’être transformée, grâce au Bureau Fraai, en un cabinet de psychologie. Baptisé Adagio, le lieu se distingue en proposant des traitements dans d’autres langues que le néerlandais à sa clientèle multiculturelle, avec une attention particulière portée aux langues latines. Les architectes ont conçu un aménagement intérieur en ayant recours aux matériaux circulaires. Ils ont ainsi respecté soigneusement l’intérieur monumental existant tout en préservant les caractéristiques esthétiques de la chapelle. Suite à cette réhabilitation, Bureau Fraai a réalisé l’aménagement intérieur. Le sanctuaire central, d’une hauteur de 13 mètres, où se trouve l’orgue, constitue aujourd’hui le cœur du cabinet. Les nefs communicantes, d’une hauteur de 5 mètres, abritant aujourd’hui les 20 salles de soins, servaient autrefois de réfectoires à l’établissement psychiatrique. Aujourd’hui, remanié avec habileté, l’intérieur se caractérise par des piliers vert clair et jaune aux corniches dorées, une ornementation raffinée et des vitraux. Dès le début, les architectes ont été séduits par la qualité spatiale et la luminosité abondante de l’espace. Pour l’aménagement intérieur, qui devait être accueillant et confortable pour les patients mais aussi pour le personnel, ils ont su préserver et renforcer ces caractéristiques en respectant les ornements et les détails existants. L’espace monumental est ainsi maintenu aussi ouvert et transparent que possible, et les nouvelles interventions s’adaptent aux éléments existants de la manière la plus minimaliste possible. Un motif de sol vert-gris représentant un labyrinthe ludique confère à l’espace central une échelle humaine et une identité unique. Ce motif, composé de dalles de moquette circulaires de couleur verte, représente le processus de soins proposé par le cabinet, qui aide les patients à « retrouver leur chemin ». Entre deux piliers se trouvent deux salles de soins, chacune dotée de son propre vitrail.

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    Urbanisme

    Arles, des racines et des ailes

    Par Lionel Blaisse, le 27 avril 2023
    Commune la plus étendue de métropole, Arles s’est vu pousser des ailes il y a 2 500 ans. Haut lieu de tourisme et de culture, elle aspire à se régénérer pour ne pas se muséifier ni se gentrifier. Avec trois espaces naturels remarquables1 à leur porte et un patrimoine architectural exceptionnel et varié ayant valu son inscription au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, les Arlésiens disposent d’un cadre de vie et d’une qualité urbaine qu’il s’agit de valoriser. Cette revitalisation indispensable nécessite de diversifier l’activité économique et de pérenniser son développement. Une ville d’histoire(s) C’est au premier siècle avant Jésus-Christ, sous les empereurs Auguste et César, que la petite colonie installée par les Grecs dans le delta du Rhône prit son essor de cité romaine sous le nom d’Arelate (avant les marais). En témoignent plusieurs vestiges, presque tous classés Monuments historiques dès 1840 par Prosper Mérimée2 : l’amphithéâtre bâti en 90 av. J-C qui contenait plus de 20 000 spectateurs fut bien plus tard converti en arènes ; le théâtre antique – érigé concomitamment au sommet de la colline de l’Hauture mais achevé 78 ans plus tard – a hélas été dépecé en partie au XIXe ; la nécropole des Alyscamps3 le long de la Via Aurelia transformée en cimetière paléochrétien et, enfin, les thermes de Constantin du IVe dont ne subsistent que quelques ruines. Halte vénérable sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, la capitale de la Camargue et ses 20 000 habitants connurent la prospérité économique et géographique au XIIe, époque à laquelle fut construite la primatiale Saint-Trophime et son fameux cloître, chefs-d’œuvre de l’art roman provençal. La Renaissance y fut prospère, et ce jusqu’à la Révolution, la plupart des hôtels particuliers du secteur sauvegardé actuel datent d’alors. Ville de pêcheurs et de bateleurs, la révolution industrielle y fit croître sa population ouvrière tant dans ses papeteries le long du fleuve que dans sa périphérie immédiate, où la compagnie de chemins de fer PLM installa au milieu du XIXe ses ateliers méditerranéens de maintenance. Ignorée (épargnée diront les optimistes) par la « balnéarisation » des rivages languedociens et l’industrialisation de l’étang de Berre des sixties, elle perdit plus de 3 000 emplois au milieu des années 1980 avec les fermetures des Constructions métalliques de Provence, des ateliers SNCF et des papeteries. La municipalité resta un bastion communiste et socialiste jusqu’aux dernières élections, remportées par la liste menée par Patrick de Carolis, l’ancien producteur de l’émission Des racines et des ailes4 et président de France Télévisions. Les magiciens d’ose Depuis 1868, la capitale de la Camargue a bénéficié de la générosité de mécènes et artistes éclairés. Tout commence en 1863 lorsque la fille du peintre classique Jacques Réattu (1760-1833) fait don à la ville de la commanderie de Saliers et du Grand Prieuré de l’Ordre de Malte construits au XVe – devenus biens nationaux à la Révolution, rachetés par son père entre 1793 et 1822 –, de ses toiles et de sa collection de peinture. Le musée des Beaux-Arts et d’art contemporain d’Arles (Musée Réattu) y est toujours installé.
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    Architecture, l'esprit du lieu

    Anbassa le temps d’un café

    Par Sipane Hoh, le 21 février 2025
    C’est l’histoire d’un bâtiment Art déco datant de 1935 situé à Pantin qui a été subtilement transformé par les architectes de l’Office Abrami Rojas pour accueillir une nouvelle enseigne : Anbassa. Un univers épuré aux arômes de café prend ainsi vie. Le concept a été créé en 2007 par Sylvain Chauvineau et Jacques Chambrillon, deux associés qui ont ouvert en 2011 une brûlerie à Melun. Vu le succès de leur entreprise, ils renouvellent l’expérience à Pantin. Anbassa, qui puise son nom dans la langue amharique et signifie « lion », s’installe ainsi à la place d’une ancienne compagnie d’assurances réalisée par l’architecte René Tanalias et classée Monument Historique. Une fois franchies les anciennes portes réhabilitées avec adresse, un monde épuré s’offre au visiteur. Bienvenue au royaume du café. Dans ce lieu savamment réhabilité, chacun peut à sa guise acheter, consommer mais aussi découvrir et s’instruire. Ce lieu énigmatique a été conçu par l’agence d’architecture italo-mexicaine Office Abrami Rojas (OAR) qui, après avoir mis à nu les murs et la structure porteuse, a revalorisé les anciennes coupoles en béton armé serties de verre, révélant des éléments exceptionnels jusque-là dissimulés. Au fond, le laboratoire, toujours visible grâce à ses grandes délimitations vitrées, sépare la zone de dégustation des bureaux. Les trois espaces qui se suivent retracent à leur tour l’histoire du breuvage. La torréfaction, la vente et la dégustation constituent ainsi le récit du lieu. Anbassa est plus qu’un banal lieu où se rendent les gens pour déguster un café, c’est une boutique doublée d’un laboratoire aux allures d’un mini musée qui promeut un rituel : celui d’un breuvage magique qui n’a cessé de se renouveler.
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    Architecture un lieu

    Patio Laennec… plus ultra !

    Par Lionel Blaisse, le 6 mai 2025
    En 2016, un des trois grands groupes de luxe français établissait son siège social dans l’ancien hôpital Laennec. Créée deux ans plus tard, l’agence Cove y est depuis intervenue à trois reprises pour parfaire ses aménagements. « Passionnée par la confrontation des échelles, des matières et des usages au sein d’univers construits », l’agence y réagençait en 2022 – après avoir livré le restaurant d’entreprise, puis une salle de réunion – un grand jardin d’hiver. Pour cet espace devant offrir un lieu chaleureux de détente aux collaborateurs du groupe, Axel Cornu et Gabriel Verret ont conçu un ensemble de mobilier sur mesure à partir de matériaux biosourcés et de réemploi s’inscrivant dans la démarche éthique du commanditaire. Ressources créatives. C’est au sein même d’une de ses maisons de mode qu’ils ont pu récupérer des panneaux de pierre calcaire de 1 x 1 m ayant servi à la scénographie d’un défilé. « Ceux-ci ont ainsi été recyclés en plateaux de tables basses, de portes de placards, de lestage des socles de balançoires… » Les structures de ces dernières ont été réalisées non pas en acier mais en chêne massif, tandis que leur nacelle était façonnée en rotin tressé et corde de chanvre en parfaite osmose avec la végétation luxuriante environnante. Avec le bureau d’études Elioth, l’ébéniste alsacien Reinhardt et la vannerie d’art bretonne Romand’Art, les architectes ont imaginé toute une collection de meubles, agencements et structures à partir des mêmes panneaux calcaires ! Il est réjouissant de constater que le résultat n’est ni régressif ni néo-nostalgique, mais s’inscrit résolument dans son temps, avec un souci du détail et des finitions dignes d’une grande maison de luxe. Mais le luxe n’est-il pas avant tout un art de vivre et non un mode d’expression tapageur et outrancier ? Libre de ses choix, il se révèle ici audacieux ! Un espace vraiment… chouette !

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