Talents

L’Ensci Bis, le diplorama de la vie

Par Anne-Marie Fèvre, le 19 janvier 2024.
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Ensci Bis, exposition Diplorama, avril 2023. © Véronique Huyghe

À son annexe place de la Bastille, l’école a présenté 36 diplômes de design industriel et textile. Une occasion de saisir les engagements des jeunes élèves : féminisme, social, coopératif et… poésie.

C’est grâce à une exposition des diplômes que l’on peut comprendre les préoccupations des jeunes, et la spécificité de l’Ensci-les Ateliers, École nationale supérieure de création industrielle. En avril, elle présentait Diplorama. Pour la première fois, ce huitième rendez-vous était présenté à l’Ensci Bis, place de la Bastille, à travers 36 propositions scénographiées par Andréa Racca et Tom garçon.

Côté industrie, c’est Gilles Belley, designer, enseignant et commissaire qui fait le guide. Il met l’accent sur certains thèmes abordés. Le corps des femmes, leurs maladies spécifiques avec Projet Specul…s, décrypté par Mathilde Nguyen. Ou encore Nez à soi-Olfacto Gyneco, où Jeanne Chiche fait humer sans tabou les odeurs de vulve et de vagin, comme des messages du corps à sentir pour la prévention médicale. Il insiste aussi sur les démarches collectives, de Société coopérative du cycle, proposée par Romain Thouin, à Grève-cœur de Lou Garcia & Juliette printemps qui offrent des outils au service des manifestations syndicales. Audrey Pety décrypte son travail, Welcome to wonderful web archives, soit rendre présentables les innombrables archives du Web, avec un protocole de curation mené avec la BNF.

Pour les textiles, sans la commissaire et enseignante Hélène Lemaire, on ne comprendrait pas la présence d’un petit pull Ready to telwear. Shin-Hye Lee imagine des vêtements pour le télétravail, entre confort et représentation à l’écran. Lucie Brudy, elle, s’intéresse à la poétique des couleurs neutres.

Festival 100 % à la Villette, œuvres de Louise Raguet, Poirier Bailay et Lucas Lorigeon. © DR

Comme toutes ces 36 intentions sont intéressantes, on peut mieux les appréhender au sous-sol, où les créateurs et créatrices les expliquent en images, grâce aux vidéos conçues par Oscar Clermont. Et on y listera différents intérêts pour le sport, le corps, la biodiversité, l’écologie, la pénurie, le collectif, le féminisme, la basse résolution, la dyslexie, le Mistral, les terrils, le feu de bois, le soleil, la poésie… C’est réjouissant et bien mieux que les sondages pour cerner la jeunesse.

Après le tremplin du Festival 100 % à la Villette, Diplorama a été le dernier événement de la célébration des 40 ans de l’Ensci. Elle s’est achevée le 7 avril avec Sans Parade ni Trompette, fête au Pavillon Villette qui a réuni joyeusement la communauté ENSCienne élargie.

La 41e année ne sera pas pour autant moins riche en partenariats. L’école va développer ses deux chaires de recherche, l’Innovation publique1 et « S’entendre » (lire encadré). Côté formation continue, elle s’est associée à l’Eclozr de Rennes pour y développer un programme de son mastère spécialisé : Sustainable innovation by design. Pour Oriane Joucla, directrice adjointe de l’Eclozr, « cette première implantation de l’Ensci en région est une vraie chance pour la Bretagne ». Emmanuel Thouan et Nathanaël Delahaye, les codirecteurs pédagogiques de ce nouveau programme, valoriseront les compétences de la région : innovation territoriale, transition écologique, questions agricoles et industrielles. En mai, le Bis a aussi accueilli une recherche avancée sur les textiles archéologiques, 10 projets d’élèves-designers menés en partenariat avec le Design Spot de l’Université et de l’ENS Paris-Saclay. En attendant le Diplorama 2023 qui nous racontera la vie.

Comment S’entendre ?

Trop de bruit dans les espaces partagés de travail mine l’ambiance dans les entreprises. Les activités des employés sont de plus en plus diversifiées. Cohabitent la concentration individuelle, les échanges oraux et les émissions sonores mécaniques. Un industriel et le groupe CLEN, fabricant de mobilier de bureau et l’ENSCI se sont donc rapprochés pour créer une chaire de recherche : « S’entendre, expérience sonore des espaces partagés ». Le mobilier pourra jouer un rôle essentiel, ainsi que les agencements et les dispositifs et contenus sonores. Cette chaire est dirigée par Roland Cahen, designer sonore, enseignant-chercheur à l’ENSCI et membre du Centre de recherche en design. L’objectif est de déboucher sur une véritable co-création industrielle. Les résultats attendus seront des maquettes expérimentales, des prototypes et des publications. « S’entendre, c’est affirmer qu’il s’agit à la fois de s’accorder et de s’écouter. »

  1. Lire Nda N°52.

 

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    Ensci-Les Ateliers

    École nationale supérieure de création industrielle

    48, rue Saint-Sabin

    75011 Paris

    Tél. : + 33 (0)1 49 23 12 12

    ensci.com

    chaireip.fr

    Ensci Bis

    Lieu d’expositions

    52, bd de la Bastille, 75012 Paris

    Tél. : + 33 (0)1 49 23 12 77.

    ensci.com / ecole / le-bis

    Retrouvez cet article dans le nda numéro 53
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    François ­Azambourg, la poétique des techniques

    Par Anne-Marie Fèvre, le 22 avril 2024
    Au MAD parisien, il a démontré qu’il est un designer « sérieux », entre techniques, artisanat, arts. Avec des formes vivantes, il a créé un monde onirique. Pour 2024, la sobriété, et toujours la légèreté, la légèreté. Depuis 1999, de Paris à Milan, de Hyères à Lille, on a souvent rencontré François Azambourg, ce jeune homme fougueux aux yeux pétillants. Quel plaisir de le voir expliquer, rieur, ses objets insolites, nés de ses expérimentations inattendues : un luminaire en textile tridimensionnel, la chaise Pack gonflable ; des matériaux comme des sandwiches souples, qui ont été brevetés, le nid d’abeille pour une carte blanche du VIA (Valorisation de l’innovation dans l’ameublement). Et en 2004, une « microfolie », dînette mobile, qui s’est posée à Lille « comme une fleur qui pousse entre deux pavés ». Ce designer, dans le souffle de Gaston Bachelard, n’est pas resté un créateur perché. Il a été maintes fois primé, a travaillé avec Selmer, l’Ircam, pour les éditeurs Domeau & Pères, Ligne Roset, Poltrona Frau, Domestic, la galerie Kreo, Hermès, Cappellini… Toute cette trajectoire singulière a culminé en 2023 avec l’exposition « Légèretés manifestes » qu’il a inventée avec 200 pièces aux MAD Paris 1. Quel était l’enjeu de cette exposition ? À 60 ans, j’ai voulu démontrer que pour moi le design était une affaire sérieuse. Sérieux, car j’ai d’abord fait des études en électronique, et le monde technique a de la valeur. Je suis aussi diplômé des Beaux-Arts de Caen, d’Olivier de Serres (ENSAAMA) à Paris. Sur la première table, j’ai montré les choses qui m’ont nourri. En musicien, j’ai rendu plus sobre le saxophone, je montre mes carnets de travaux, toutes sortes de matériaux. Qui expliquent mes recherches de légèreté. J’ai écrit les cartels comme des autobiographies des objets. Pour rendre la présentation vivante, accessible. Le design ne doit pas rester une affaire de gens cultivés. La légèreté est votre quête ? La légèreté par soustraction, en ménageant du vide. Pour débarrasser l’objet de sa dimension bourgeoise, de sa masse, du gras, de ses décors. En enlevant, apparait l’éclatante vérité ! La chaise Pack gonflable en matériaux légers a une enveloppe en polyester double paroi truffée de fils et de mousse polyuréthane, elle se déploie dans un mouvement léger. La chaise Very Nice est constituée de contreplaqué de bouleau habillé d’un film polyester dont on entoile avions. La chaise Bugatti en tôle, j’ai voulu l’alléger aussi, lui retirer du poids. J’aime les chaises de Jean Prouvé, mais elles sont trop lourdes. La chaise Bugatti en tôle froissée flirte avec l’art ? Là, je montre que je fabrique seul mes prototypes. Je les assemble moi-même, je les hybride avec différents matériaux, je cherche. Lors de longues expérimentations, des accidents surviennent, ils ont fait vriller ma pensée. J’ai remarqué que les loupés avaient des qualités esthétiques. Pour la chaise Bugatti (Cappellini), la tôle s’est froissée et je l’ai acceptée, en plasticien, au-delà de la technique. Avec le verre au CIAV Meisenthal (Centre international d’art verrier), j’ai posé un regard neuf sur les loupés. Quand mes pièces en verre sont texturées, c’est seulement le résultat
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    L'événement

    « Ressource(s), présager demain » est le thème de la Biennale internationale Design Saint-Étienne 2025

    Par Sipane Hoh, le 20 juin 2025
    Un thème essentiel, une programmation généreuse, ludique et immersive, deux sites d’exposition et divers événements associés : c’est la 13e édition de la Biennale internationale Design Saint-Étienne, une manifestation incontournable qui transforme désormais la ville en un véritable laboratoire du design. Mise en place en 1998 par Jacques Bonnaval (1950-2018), la Biennale internationale Design Saint-Étienne célèbre cette année sa 13e édition. Se tenant depuis 2006 sur le site de l’ancienne Manufacture d’armes royales ainsi qu’à la Cité du design, elle a pour mission de rendre le design accessible à tous. Cette année, « Ressource(s), présager demain » est la thématique qui a émergé comme une évidence. En réponse aux diverses problématiques de notre époque, qu’elles soient environnementales, culturelles ou sociales, elle interroge mais aussi revendique et repositionne les pratiques des designers. À travers une scénographie confiée au designer Joachim Jirou-Najou, où des éléments jaillissent du sol et d’autres sont suspendus à la structure du toit dans un cadre agrémenté d’aplats de couleurs et de grandes trames panachées, les visiteurs sont invités à la découverte. Alors que la ville de Saint-Étienne vient d’être jumelée avec Kapan, une ville située dans le sud de l’Arménie, la 13e Biennale internationale Design Saint-Étienne met à l’honneur un pays qui, malgré une situation géopolitique tendue, voit émerger une nouvelle scène créative dans plusieurs domaines dont le design, l’architecture, la mode et les savoir-faire. De ce fait, dans une scénographie signée Normal Studio, une exposition présente un panorama contemporain de la création en Arménie et dans la diaspora autour de la notion de ressources. La Biennale internationale Design Saint-Étienne est le rendez-vous culturel qui fête le design durant six semaines, du 22 mai au 6 juillet 2025.
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    Architecture, l'esprit du lieu

    Des formes organiques pour le Huawei TKL Flagship Store de Shanghai

    Par Sipane Hoh, le 28 octobre 2024
    L’agence d’architecture néerlandaise mondialement connue UNStudio, fondée par Ben van Berkel, a réalisé un magasin de deux étages pour la société technologique chinoise Huawei à Shanghai. Avec sa façade revêtue de pétales de couleur ivoire et son intérieur qui se caractérise par ses lignes organiques, l’ensemble a pour objectif d’offrir à ses clients une expérience singulière et novatrice. UNStudio s’est associée à Huawei, l’un des principaux pionniers chinois des technologies de l’information et de la communication et reconnu pour ses produits intelligents, afin de concevoir leur nouveau magasin à Shanghai. Travaillant en étroite collaboration avec l’équipe de conception de l’enseigne, UNStudio a relevé un grand défi en concevant un concept riche en expériences qui rassemble les personnes, la nature et la technologie tout en répondant avec adresse aux désirs des consommateurs. En effet, cette nouvelle officine réinvente les espaces de vente au détail et les convertit en environnements prometteurs qui favorisent un sentiment d’affiliation, créant ainsi un lieu novateur qui permet aux consommateurs et aux visiteurs de se rencontrer, de partager et d’innover. Inspirée par la nature et par le système d’exploitation « Harmony » du fabriquant, la géométrie du magasin Huawei Taikoo Li qui se développe sur deux étages est basée sur des formes biophiliques que l’on trouve aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Partout, des matériaux de haute performance, certifiés et recyclés ont été adoptés dans le but de réduire les dommages environnementaux et de maintenir la durée de vie du bâtiment. Par ailleurs, des systèmes préfabriqués amovibles ont été utilisés pour les sols et les plafonds. Afin de garantir une haute qualité de l’air intérieur, des systèmes de ventilation avancés avec surveillance en temps réel sont utilisés dans tout le magasin ; et pour créer un environnement agréable pour les clients et les visiteurs, de la végétation a été ajoutée. En référence à la dynamique répétitive de croissance au sein des structures naturelles, la conception reflète l’algorithme — qui consiste à réduire les erreurs dans la téléphonie en incluant de la redondance des données — faisant écho à la technologie des codes polaires de Huawei. Sur la façade, des éléments en forme de pétales apparaissent à différents stades de croissance, ils forment un système géométrique intégré qui croise la marque avec la nature et la technologie. Parallèlement aux choix de couleurs et de matériaux, la composition déployée crée une identité et un geste d’accueil pour les visiteurs. Les tiges des pétales masquent les meneaux structurels du vitrage pour composer une façade vitrée sans cadre qui maximise la visibilité et permet à la lumière naturelle de pénétrer profondément à l’intérieur du magasin. Le soir, des éléments d’éclairage intégrés dans les bords du pétale projettent une douce lueur sur la façade, la dotant d’un certain dynamisme apprécié des visiteurs. Rappelons que la façade orientée sud est composée d’une surface vitrée ondulée du sol au plafond qui brouille la frontière entre l’intérieur du magasin et l’espace public extérieur. Les sièges et la verdure placés dans la devanture en verre sinueuse se fondent davantage dans le décor. L’ambiance est particulière, tout est fait pour faciliter l’expérience utilisateur et

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