Architecture, l'esprit du lieu

Miss Fuller le rétro au goût du jour

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Par Sipane Hoh, le 26 janvier 2026.
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© Nicolas Anetson

Baptisé du nom de la danseuse américaine Loïe Fuller, l’hôtel 4 étoiles situé à Paris, non loin de l’Arc de Triomphe, au 11, avenue Mac-Mahon, s’identifie par son univers artistique mis au goût du jour par une multitude d’artistes contemporains. Miss Fuller est bien plus qu’un simple hôtel, c’est une institution à part entière.

En 2021, le nouveau propriétaire du Miss Fuller, un édifice réalisé par l’architecte Louis Arthur Marnez (1856-1950) en 1894, confie les clés de l’établissement à la Drawing Society afin de l’occuper pendant la période de conception du projet. Sur une initiative de Christine Phal et de Carine Tissot, avec le soutien du Centre national des arts plastiques (Cnap), 33 artistes dessinateurs sont invités à occuper gracieusement les chambres de l’hôtel. Celles-ci sont devenues pendant six mois des résidences d’artistes, lieux de dialogues et d’expérimentations. Mais il a fallu faire un choix, cinq d’entre eux ont été désignés pour dessiner le nouveau décor de l’hôtel en s’appropriant les codes de l’Art nouveau remis au goût du jour. L’agence d’architecture franco-italienne NIDO, impliquée dès le départ sur le design des hôtels de la même collection, a été mandaté pour concevoir les divers espaces tout en accompagnant les artistes. À chaque étage sa signature, son récit inédit et ses caractéristiques. Tandis que l’artiste Raphaëlle Peria invite ainsi au voyage à travers les saisons sous la verrière du rez-de-chaussée, Camille Chastang, Fabrice Cazenave, Chloé Dugit-Gros et Camille Fischer ont chacun investi un étage ainsi que les chambres de l’hôtel. Ce dernier devient ainsi un véritable lieu d’inspiration pour tout amoureux de l’art. Miss Fuller a tout pour plaire, l’Art nouveau tant apprécié est ici revisité, les motifs végétaux, courbes gracieuses, détails abondants, le tout sous l’œil bienveillant d’un écrin d’époque. La création des artistes invités se décline en moquettes et papiers peints ornant les sols et murs des couloirs ainsi que les chambres. Entre réminiscence et découverte, l’ombre de Loïe Fuller, la chorégraphe reconnues pour ses danses serpentines, plane sur les lieux.

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    Le dynamisme et les couleurs de ParisBrooklyn

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    Qui se cache derrière ce nom d’agence qui fait rêver ? La jeune et talentueuse Lucie Delamalmaison, qui, depuis ses années d’études, a parcouru la France, suivi plusieurs stages en agence d’architecture en Belgique, entamé un voyage à New York pour mieux s’inspirer et qui, aujourd’hui, dirige avec une grande adresse son agence de design et d’architecture intérieure établie à Strasbourg et à Paris. « Lorsque j’ai créé ParisBrooklyn en 2017, j’avais envie de raconter des histoires au travers de l’espace, de mettre en valeur le savoir-faire au travers de l’objet, de valoriser l’expérience singulière par rapport à la nécessité. Il me tenait à cœur que l’asymétrie trouve sa place, que les imperfections témoignent d’une histoire, que le contraste des matériaux valorise l’existant et amène à porter un nouveau regard sur le lieu. Cette agence, je l’ai imaginée à taille humaine, avec l’ambition d’être toujours au plus proche du client et de ses attentes » Déclare Lucie Delamalmaison avec entrain. En effet, elle a créé sa structure avec la volonté d’avoir une approche plus personnelle du design et avec l’envie de pouvoir gérer les projets dès la toute première discussion jusqu’aux derniers détails d’un chantier en passant par les diverses étapes intermédiaires. L’objectif ? Qu’il s’agisse d’une boutique, d’un hôtel ou d’un restaurant, chercher l’excellence. Malgré son jeune âge, Lucie Delamalmaison a créé plusieurs objets, elle est intervenue sur un grand nombre de projets variés comme des cafés, des boutiques, elle a même entamé une réflexion sur la chambre « idéale » d’un hôtel, car, oui, la femme de l’art a de l’énergie à revendre et essaye de tout mettre en œuvre pour satisfaire ses clients. Et finalement, quand nous lui demandons pourquoi avoir choisi le nom ParisBrooklyn pour son agence, la réponse est simple et sans gêne : « C’est un mélange de la ville qui m’a vue grandir (Paris) et de mon objectif à long terme (Brooklyn donc !) C’est beaucoup de souvenirs, et le témoin des mois incroyables passés à New York ! C’est aussi un nom assez évocateur pour moi parce que j’aime particulièrement travailler sur le Contraste. » Auberge Frankenbourg Après la rénovation se concentrant sur l’espace dédié à l’accueil, au bar et à la salle de petit déjeuner de l’auberge Frankenbourg à La Vancelle, établissement qui possède une belle histoire, acheté par M. et Mme Buecher en 1985 dont les deux fils, Sébastien et Guillaume, opèrent aujourd’hui en salle et en cuisine, Lucie Delamalmaison a remanié avec une grande grâce la salle de restaurant ainsi que la bibliothèque. C’est un travail guidé par le sur mesure du début jusqu’à la fin, car, selon la designer, le projet a été l’occasion de continuer l’histoire du lieu tout en préservant les souvenirs. Ainsi, à travers une recherche dans les archives de l’établissement mais aussi plusieurs clins d’œil au passé, chaque élément a été créé avec une grande précaution, citons par exemple le comptoir carrelé avec sa structure métallique et ses paravents, les consoles ondulées, tout comme les miroirs aux formes organiques, les étagères de la
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    L’étrange kiosque à musique « La Ritournelle » du Parc Bellefontaine à Angers a été réalisé par le collectif GROUV dans le cadre du budget participatif de la ville. Le projet « Ouvre le bal » porté en 2021 par les deux collectifs locaux Gru et VOUS proposait la création d’un ou plusieurs espaces artistiques de danse collective dans les jardins municipaux. Relié l’un à l’autre par un cheminement public, le second – « Riff » – a été implanté dans le jardin François-Mitterrand. Kiosque à musique revisité Durant la seconde moitié du XIXe siècle, les kiosques à musique ont investi les esplanades, places, parcs et squares de nos villes où les fanfares, harmonies, orphéons et autres formations instrumentales s’y produisant pouvaient aussi faire danser le public autour. Concurrencée par le disque, la radio, la télévision puis internet, la tradition s’est étiolée jusqu’à sa quasi-disparition, réduisant les édicules survivants à de simples abris contre la pluie ou le soleil. Il faudra attendre le hip-hop pour que la danse colonise à nouveau l’espace urbain, de façon plus « sauvage ». L’espace ici proposé invite à la pratique libre de la danse et de la musique aux fins d’une expérience corporelle et sensorielle – collective ou individuelle – aussi spectaculaire que ludique. De par sa géométrie rythmique, circulaire et rassembleuse, La Ritournelle constitue un écrin réfléchissant ouvert à 360 degrés sur son environnement de clairière. Autoportante et démontable, elle est dépourvue d’empreinte sur le terrain : douze portiques en bois contreventés par des câbles soutiennent un anneau de couverture protégeant ses assises périphériques. La surface extérieure des douze panneaux est revêtue de liège expansé propice au développement organique de la biodiversité au fil des saisons. Leur paroi intérieure est quant à elle miroitée, son inclinaison fractionnée transforme le dispositif en un surprenant kaléidoscope réfléchissant qui dynamise les interventions s’y déroulant qu’elles soient singulières ou plurielles, spontanées, improvisées ou intentionnelles, voire professionnelles. Ce lieu immersif et intergénérationnel s’offre à une contemplation des plus réjouissantes qui n’est pas sans évoquer la chronophotographie d’Etienne-Jules Marey ou d’Eadweard Muybridge ! Let’s groove !
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