Architecture, l'esprit du lieu

Un spa pour devenir enfin palace ?

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Par Lionel Blaisse, le 18 novembre 2024.
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N Le Spa conçu par ­Jean-Philippe Nuel pour Le Negresco va-t-il permettre au plus mythique cinq étoiles de la promenade des Anglais de rejoindre le club très select des palaces français ?

Rien à voir avec les univers stéréotypés de ses confrères s’inspirant des bains de la Rome antique, des hammams du monde arabo-musulman ou des onsens nippons. Vous n’y entendrez pas davantage de flutes des Andes ni de sitars des Indes. Le Spa N s’est voulu tout aussi unique que le grand hôtel plus que centenaire qui l’accueille, joyeux mélange d’époques et de styles célébrant l’art de vivre à la française.

Monstre sacré ou enfant terrible ?

Commandité par Henri Negrescu – maître d’hôtel d’origine roumaine – et financé par un magnat français de l’automobile et de l’aviation, Le Negresco a été dessiné par Edouard-Jean Niermans, architecte du Moulin Rouge et du Casino de Paris ayant surtout rénové l’Hôtel du Palais à Biarritz et l’Hôtel de Paris à Monte-Carlo. De style plutôt néo-classique, ses toitures « rose Nina Ricci et Pierre Balmain » font alors sensation tout comme sa verrière éclairant le grand hall central appelé le Salon Royal. Il offre en revanche tout le confort de l’époque. Royalement inauguré le 8 juillet 1913, il devient hôpital militaire dix-huit mois plus tard pour soigner les blessés de la Grande Guerre. Quasiment ruiné à l’armistice, son propriétaire meurt en 1920 d’un cancer. Revendu à plusieurs reprises, le palace dépérit inexorablement jusqu’à son rachat en 1957 par Jean-Baptiste Mesnage – charcutier breton ayant fait fortune dans l’immobilier avec sa femme, alors en fauteuil roulant. Il en confie la gestion à sa fille Jeanne et son époux, Paul Augier, grand avocat et homme politique niçois.

Contrairement à bon nombre d’hôtels niçois alors morcelés en appartements, Le Negresco choisit de s’embellir, Jeanne Augier l’enrichissant d’antiquités, de tableaux de maîtres et de sculptures parfois monumentales, d’œuvres d’art contemporain mais aussi de commandes spécifiques tels les sept tapis de Raymond Moretti qui côtoient dans le Salon Royal la Nana Jaune de Niki de Saint Phalle ou encore la moquette d’Yvaral.

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    N Le Spa

    Le Negresco

    37, promenade des Anglais

    06000 Nice

    Tél. : +33 (0)4 93 16 64 00

    www.hotel-negresco-nice.com

    Jean-Philippe Nuel

    9, boulevard de la Marne

    94130 Nogent-sur-Marne

    Tél. : +33 (0)1 45 14 12 10

    www.jeanphilippenuel.com

    Retrouvez cet article dans le nda numéro 57
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    Constructa, une entreprise hors pair désormais hors père

    Par Lionel Blaisse, le 27 juillet 2023
    Présidé durant plus de 40 ans par Marc Pietri jusqu’à sa mort prématurée début 2020, le très atypique groupe familial de services immobiliers est désormais dirigé par un architecte toujours en exercice… son fils Jean-Baptiste Pietri ! Constructa a exercé sa passion pour l’humain, l’architecture et la ville d’abord à Marseille et sa région, puis aux USA avant de revenir dans l’hexagone pour participer activement à la requalification des villes moyennes, trop souvent délaissées. Après la tour La Marseillaise de Jean Nouvel, celle de la Porte Bleue – conçue par Jean-Baptiste Pietri – viendra parachever Les Quais d’Arenc. Seront aussi livrées prochainement deux opérations « chorales » au bord de l’eau, Les Jetées à Huningue (Bâle) et Les Carrières Blanches à Dijon. Une multitude de raisons, donc, pour retracer dans ce numéro le parcours hors norme de ce leader du secteur avec son nouveau président à la double casquette. NDA. L’histoire de Constructa est suffisamment atypique pour que vous nous la relatiez. Jean-Baptiste Pietri : Constructa a été créée en 1964. Mon père, Marc Pietri, entre alors dans cette petite entreprise de commercialisation comme secrétaire général avant de la racheter quelques années plus tard et de la développer sur le territoire sud marseillais. À cette époque, il n’y avait pas énormément de projets d’achat sur le secteur, la VEFA 1 n’existant pas alors, on construisait encore l’immeuble en blanc dans lequel on aménageait un appartement témoin avant de pouvoir commencer à le commercialiser. Constructa va devenir un leader régional puis national en matière de commercialisation de logements résidentiels. À la fin des années 1980, mon père est appelé à la rescousse par plusieurs de ses gros clients français 2 ayant investi aux USA dans des projets immobiliers alors en souffrance. Les USA n’étaient pas l’eldorado qu’ils avaient imaginé et pour certains ce fut plutôt le Far West – un territoire « piégeux » disait mon père – où ils se sont fait dépouiller. Comme eux, le plus grand entrepreneur du monde actuel, Bernard Arnault, y a tenté – en vain – sa chance, après avoir vendu Férinel. Pour essayer de sauver les fonciers « plantés » dans les actifs, Constructa a monté sur place des équipes qui, pour mieux appréhender le marché américain et ses pratiques, vont se familiariser à la gestion immobilière en matière d’asset management et de property management, encore inconnus en France où Constructa les importera. En 1991, l’entreprise redéveloppe avec succès le Coco Walk à Miami (pour le compte de la Banque Worms) – la plus grande référence américaine de centre commercial – en l’ouvrant sur l’extérieur et en y intégrant des cinémas, des restaurants pour lui donner une dimension festive. Cette opération va lancer Constructa aux États-Unis où l’entreprise va rester vingt ans et y produire quelques projets emblématiques que ce soit comme promoteur (1500 Ocean Drive ou Mary Brickell Village à Miami) ou gestionnaire, mais aussi comme AMO 3 pour le compte de tiers. Ce fut notamment le cas pour l’hôtelier Accor qui aspirait à y repositionner l’enseigne Sofitel dans les standards
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    Architecture, l'esprit du lieu

    Le monde du travail par Sowen

    Par Nat Lecuppre, le 24 mars 2025
    Sowen, entreprise d’aménagement intérieur, est toujours en veille des tendances et des innovations dans le secteur tertiaire. La société scrute, décrypte, analyse et applique dans ses projets tout ce qu’elle juge performant et positif pour la Qualité de vie au travail (QVT). Sa conviction première : les bureaux doivent être une expérience à vivre qui incarne les valeurs de l’entreprise et son ADN. Pierre-Alexandre Pillet, fondateur de Sowen, souhaite faire partie des acteurs qui dessinent le bureau de demain. Pour lui, on ne doit plus utiliser le terme de QVT mais privilégier la notion d’expérience collaborateur, plus humaine et plus adaptée aux évolutions de la société. Les modes de travail ont évolué très vite en peu d’années. Les codes ont été bouleversés, et les frontières ont pour ainsi dire disparu entre le travail chez soi, au bureau ou au café. L’après-Covid incite l’hybridation des modes de vies personnelle et professionnelle. Les jeunes générations pensent que les espaces de travail doivent encore évoluer. L’aménagement va y contribuer. Les problématiques vont de pair. À savoir : comment donner envie de venir au bureau ? Comment gérer la fluidité d’espaces aux fonctions diverses ? Pour Sowen, la conception ne doit plus être celle des bureaux traditionnels. Ces derniers doivent être davantage des lieux expérientiels qui mixent workstyle et lifestyle. Le bien-être des collaborateurs est mis au cœur du projet avec le même confort qu’à la maison, mais avec plus d’efficacité et d’équipements. Ils développent la créativité. Comme chacun cherche à être plus attractif, chaque société doit repenser son expérience collaborateur tout comme son expérience client avec la même attention et qualité. C’est la solution pour engager à long terme les collaborateurs, retenir les talents et développer l’entreprise. Une démarche RSE forte. L’écoresponsabilité est primordiale. Elle fait partie des engagements incontournables dans un projet. « Autrefois, nous avions comme interlocuteurs les directions financières, aujourd’hui ce sont les responsables RSE, la communication, les Ressources humaines et les directeurs généraux qui collaborent avec nous pour le projet, précise Pierre-Alexandre Pillet. Les bureaux sont devenus des outils RH et RSE. » Une vitrine d’un savoir-faire. Le Sowen Social Club inauguré en juin 2023 est un lieu ouvert sur son écosystème. Il allie espaces de vie et de travail. Ils sont source d’inspiration et de projection pour les clients de Sowen. Pour exemple de réalisations de Sowen avec cette méthodologie et philosophie des espaces de travail, nous avons les bureaux parisiens d’Arcelor Mittal, leader de l’acier. C’est à Paris dans le 9e arrondissement qu’Arcelor Mittal a élu domicile pour une partie de ses équipes parisiennes. L’immeuble de la place de la Trinité a une superficie de 4 500 m2. Il accueille 250 collaborateurs. Afin de refléter le savoir-faire du groupe, la matière est mise en avant. Il s’agit pour Sowen d’allier les matières aux hommes. L’esprit d’innovation d’Arcelor Mittal devait aussi être souligné. Mais avant tout, il fallait mettre en exergue le côté humain de la société. Les espaces imaginés offrent diverses possibilités de mode de travail. L’ambiance est chaleureuse et apaisante. L’accent a été mis sur l’innovation et les échanges. Selon les besoins, on a
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    Urbanisme

    Les Genettes, extension éclairée

    Par Anne-Marie Fèvre, le 27 novembre 2023
    Dans une clairière percheronne, l’agence Java a agrandi un pavillon 70, en jouant avec une ossature bois et d’autres subtilités. Le voici transformé en séduisante longère contemporaine, ouverte sur le paysage. Il était une fois dans le pays de l’Aigle, à la limite nord du Perche, une prairie entourée de forêts, un ruisseau, et le pavillon 70 d’un papy bricolo. À sa mort, sa petite-fille souhaite garder cette maison, riche de ses souvenirs d’enfance. Le site est enchanteur comme dans un conte, proche du village des Genettes où ont fleuri nombre de légendes. Mais cette petite demeure n’a guère de qualité architecturale. Que faire ? La détruire, pour reconstruire ? Les nouveaux propriétaires, un couple avec trois enfants, rêvent d’une bâtisse plus vaste, mieux isolée, plus complice du paysage, lumineuse et surtout très accueillante pour les invités. C’est la demande qui a été exprimée à l’agence Java Architecture, créée en 2014, regroupant Florian Levy, Alma Bali, et Laurent Sanz. « Cette commande altruiste, se réjouit Florian Lévy, qui privilégie des espaces communs, pour transmettre une histoire familiale, nous a intéressés. La démolition n’était pas nécessaire, nuisible même d’un point de vue écologique. Le bâtiment était sain et solide pour supporter une extension, vivre une seconde vie ». Pour satisfaire les attentes de ces clients, il fallait donc ajouter des chambres, créer un plus grand salon, des espaces extérieurs et faire entrer la lumière. « Nous avons démoli la serre, poursuit Florian Lévy, détruit le toit du garage inutilisable mais gardé l’escalier extérieur. Et nous avons recouvert le bâtiment d’une ossature en bois qui en relie les différentes parties ». À l’ouest, le séjour trop étroit est élargi grâce à une extension dont la nouvelle façade en verre et bois laisse entrer le paysage. Cet agrandissement a permis de créer la chambre des parents au premier étage. La structure en bois de douglas laminé respecte la géométrie existante du bâtiment. Au premier étage, la façade est recouverte d’un claustra en bois pour créer de l’intimité et éviter les surchauffes de l’été. À l’est, la même structure offre une seconde peau au garage qui, surélevé, s’est transformé en dortoir pour enfants et en chambre d’amis. Un espace semi-extérieur, une sorte de large patio terrasse relié à la cuisine, s’affirme comme « le deuxième cœur de la maison. Cet espace convivial est plus expérimental que le salon classique », estime Florian Lévy. Il est entouré de colonnes de bois, baigné de lumière naturelle grâce à sa façade en polycarbonate et à quelques tuiles de verre sur le toit. Tout cela aurait pu ressembler à un patchwork d’hybridations. Pour unifier l’ensemble, le vieux bâtiment existant a été habillé d’une structure bois isolée, alignée sur les extensions. Cette nouvelle peau est composée de boîtes en douglas pour stocker des rondins, animant la façade au fil des stocks de bois. La majorité des tuiles mécaniques d’occasion homogénéisent tout le toit. Une terrasse chemine autour de la maison. Le côté sauvage de ce décor rural forestier est préservé. Les architectes ont fait preuve d’une belle inventivité, tout en

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