Architecture un lieu

Les Nouvelles Galeries Annecy font peau neuve

Par Nat Lecuppre, le 3 novembre 2023.
Image
DR

La ville d’Annecy se développe et entraîne de nombreux changements urbains. L’objectif premier étant de rendre le centre-ville plus dynamique et végétal.

Parmi ces derniers, on compte le réaménagement des Haras qui rassembleront une Cité internationale du cinéma d’animation, une halle gourmande et un parc paysager. Mais le projet qui nous intéresse aujourd’hui est la rénovation et l’extension des Nouvelles Galeries.

Trois acteurs pour la création d’un nouveau projet

Manuelle Gautrand, architecte, s’est vu confier par Citynove-Groupe Galeries Lafayette, promoteur et investisseur, la mission d’extension du centre commercial (passant de 17 500 à 27 500 m²) avec la création d’un mall et de petites et grandes surfaces de commerce venant compléter le grand magasin existant. À sa charge également la restructuration du parking (vélos et voitures) et l’aménagement paysager.

L’architecte designer David Thulstrup a été retenu pour imaginer la décoration intérieure du mall, des circulations verticales et des toilettes.

La designer néerlandaise Sabine Marcelis quant à elle a été chargée de créer une partie du mobilier intérieur et quatre miroirs lumineux. Enfin, la construction a été confiée au Groupe Legendre.

Le site

Les Nouvelles Galeries Annecy sont un repère phare dans la ville depuis les années soixante-dix. Son architecture, qui fut audacieuse et démarquée de son environnement avoisinant, a marqué les esprits et l’édifice rond et volumineux s’est imposé au fil du temps jusqu’à devenir le symbole d’une époque, voire un bien patrimonial. Pour cette raison, il sera conservé dans son intégralité dans le projet. Lors de sa création en 1969, le bâtiment était enrubanné d’un double anneau de parking, qui donnait l’impression de suspendre sur pilotis le centre. À l’époque, l’arrivée en voiture était favorisée. L’entrée des clients à pied se faisait sous le parking, par un accès ni convivial ni valorisé.

Un projet de centre-ville

Le projet de la restructuration lourde et de l’extension a été imaginé dès 2011, mais les travaux n’ont démarré qu’en 2019. Les enjeux étaient pour Citynove d’en faire une destination à part entière avec toutes les valeurs du commerce de demain. Il fallait tenir compte également des services, des enjeux environnementaux naturels, culturels et sociaux.

L’objectif pour Manuelle Gautrand était de conserver ce patrimoine mais aussi de lui redonner une jeunesse en symbiose avec une extension à l’architecture innovante, audacieuse et plus contextuelle. L’extension comprend quarante boutiques et restaurants qui complètent l’offre du grand magasin des Galeries Lafayette.

Un positionnement environnemental

L’existant a été préservé et rénové dans ce projet certifié Breeam Excellent. Les surfaces perméables ont été augmentées afin de récupérer les eaux de pluie pour l’arrosage des toitures végétalisées, tandis qu’une attention particulière a été portée à la lumière naturelle, optimisée afin de réduire au maximum l’éclairage indirect.

Les formes circulaires originales du bâtiment de base ont été reprises pour l’extension, conférant à l’ensemble une totale harmonie architecturale, toute contemporaine. Le parking initial a été conservé et en sous-face ont été installés le mall de desserte des Nouvelles Galeries et la plupart des espaces communs. Le mall est constitué de diverses volumétries circulaires variables par-dessus et par-dessous les volumes existants du parking en anneau. Ils longent pour beaucoup les bordures du site afin de communiquer plus facilement avec les rues avoisinantes. Les lieux sont ainsi plus connectés et chaleureux. La première partie visible ne concerne plus les emplacements de stationnement mais les vitrines, les entrées et les terrasses de café. La nouvelle architecture a permis de créer des terrasses accessibles sur les toitures. On trouve désormais plusieurs espaces d’accueil du public, des petites places animées, végétalisées et lumineuses (plein ouest, plein sud et plein est) pour se retrouver à l’axe du volume central des Galeries Lafayette.

Une conception vitrée d’exception

Les façades extérieures circulaires sont vitrées, perméables et plissées, en écho au plissage en béton des anneaux du parking d’origine. Le choix de ces façades en verre donne du rythme au site et permet d’inonder les lieux de lumière naturelle, tout en procurant à l’architecture du lieu légèreté et transparence. L’architecte a évité de créer des façades arrière ou aveugles sur les rues. Les lieux se devaient d’être ouverts, animés et d’inciter le public à voir les boutiques et leur animation.

La ville d’Annecy avec ce projet d’envergure fait à nouveau un pas architectural dans la contemporanéité.

Bravo à Manuelle Gautrand pour sa réinterprétation qui rend le site interactif avec son environnement. Sa vision a permis de le rattacher à la ville et de redorer le blason de ce patrimoine si cher aux annéciens.

Galerie d'images (22)
    Partagez cet article autour de vous
    Facebook
    Twitter / X
    LinkedIn
    Pinterest
    E-mail

    Les Nouvelles Galeries Annecy

    25, avenue du Parmelan

    74000 Annecy

    Tél. : + 33 (0)4 50 33 82 11

    www.nouvellesgaleriesannecy.fr

    Manuelle Gautrand Architecture

    36, boulevard de la Bastille

    75012 Paris

    Tél. : + 33 (0)1 56 95 06 46

    www.manuelle-gautrand.com

    Retrouvez cet article dans le nda numéro 53
    Image

    le Champ des Possibles

    Commander

    Numéro en cours

    Nº63

    Spécial Santé, Bien-être, Bien-vivre

    Couverture du NDA Nº63

    Novembre — Décembre 2025 — Janvier 2026

    Découvrir

    À découvrir
    Image
    Architecture, l'esprit du lieu

    Une architecture irréprochable est une architecture bien pensée

    Par Nat Lecuppre, le 22 avril 2026
    L’agence Outsign, créée en 2000 par Marc Dölger et Damien Ziakovic, est une agence qui place l’usager au cœur de ses réflexions. Son approche appelée « architecture thinking » devient un modèle à suivre pour tous. L’architecture thinking. Cette approche consiste à réaliser des projets singuliers où se mixent design, architecture et graphisme. Dans chacun, Outsign offre une expérience personnalisée du lieu aux utilisateurs. Il s’agit avant tout de définir le programme bien en amont pour lui donner du sens en s’appuyant sur divers outils (Trendbook, Brainbook, ateliers participatifs, storytelling…). Le champ d’activités d’Outsign est très étendu. Elle L’agence a une expertise dans le tertiaire, le résidentiel, le retail, l’hospitalité, la santé, l’art en passant aussi par la mobilité et la mixité urbaine. Mais quel que soit le projet, il s’agit de mettre l’homme au cœur et de créer de l’émotion avec un parcours expérientiel qui en plus d’être fonctionnel est chargé de sens. Dans le domaine de la santé, l’agence a réalisé, en plus de l’Hôtel- Dieu de Rennes, des cliniques privées, des établissements, Homnicity (Colmar) et Korian (Le Perreux- sur -Marne)… Outsign travaille sur des résidences services seniors où la notion de bien-être et d’accompagnement du vieillissement étaitest directement corrélé à des dispositifs ergonomiques et domotiques évolutifs. Elle développe également des concepts de maisons de santé proposant une agrégation de services de santé dans une logique ambulatoire. Dans chacune des réalisations, Outsign conjugue le patrimoine architectural avec la contemporanéité tout en souhaitant faire évoluer le monde de la santé. Elle cherche à améliorer l’expérience usager tout en offrant des espaces bienveillants, agréables et efficaces. Projet Homnicity à Colmar. Outsign a eu pour mission pour Homnicity de concevoir et de déployer des résidences seniors nouvelle génération, à l’échelle nationale. L’agence a imaginé des habitats évolutifs et ergonomiques en cœur de ville en prenant en compte des profils hybrides de seniors. La génération S est composée de personnes hétérogènes aux dynamiques, aux aspirations et aux modes de vie divers. Les lieux se devaient d’être multimodaux et adaptés. Il fallait prendre en compte de la vie sociale et culturelle de proximité pour tous. Le bâtiment est donc ouvert sur la ville. Il a la particularité de s’articuler avec des logements privatifs en étage et un rez-de-chaussée de services. Ainsi le site devient intergénérationnel. Le socle est animé tout au long de la journée. Il est pensé pour accueillir des activités diverses à tout moment. Il incarne la vision d’Homnicity en étant un lieu collectif et connecté avec la ville. Les lieux sont conçus autour d’un Life Cube. C’est l’épicentre du socle qui est la vitrine d’un Vivre Ensemble. Tel une agora de village, toutes les générations (seniors et habitants du quartier) se retrouvent, échangent, s’activent via la bibliothèque participative, le fab lab, l’espace de coworking… qui alimentent la vie du lieu. La mixité et l’animation d’un lieu sont signes de longévité et de lien. Outsign en a bien conscience. Rencontre avec Marc Dölger, ­penseur de l’archi­tecture Marc Dölger, architecte aux multiples talents, ne se contente pas de bâtir. Il axe ses projets sur la réflexion, sur le sens
    Image
    Architecture, l'esprit du lieu

    La maison qui réconcilie nature et architecture

    Par Sipane Hoh, le 8 avril 2026
    C’est l’histoire de la transformation d’une ancienne piscine couverte en une avenante maison familiale que l’architecte Anaïs Magnabal a réalisée avec habileté. Il en résulte un lieu original suspendu dans le temps mais tellement contemporain. Baptisée « Maison à l’arbre », il s’agit d’un lieu enchanteur qui a été complètement métamorphosé grâce à l’intervention sensible d’Anaïs Magnabal, une architecte intéressée par la matière. Transformer une ancienne piscine couverte en une résidence familiale n’est pas une mince affaire, bien au contraire, c’est un geste délicat qui croise réhabilitation lourde, modification et création. Dans un contexte particulier où se trouve un arbre qu’il était souhaitable de préserver, la jeune architecte motivée et déterminée a engendré un projet complet qui allie avec dextérité histoire et contemporanéité. Pour la fondatrice de l’agence d’architecture homonyme il s’agit ici de pousser la connexion du corps à la nature à son paroxysme en allant au-delà de la simple simulation d’un lien intérieur-extérieur. À travers une création fine, l’arbre majestueux a été intégré à l’intérieur du logement, faisant entrer la nature directement dans le bâti. Celui-ci devient l’écrin d’un environnement végétal. L’architecture et son voisinage ne font qu’un. Cet élément central est accompagné d’une cave à vin que l’architecte a créée au pied de l’arbre après une étude minutieuse du sol. Il en résulte une maison qui ne ressemble à aucune autre. Façonnée autour de l’arbre, elle évolue selon les besoins d’un programme et répond avec brio à un cahier des charges strict. Cependant, il existe d’autres éléments surprenants qui ont exigé une attention particulière, comme par exemple un ancien puits qui a été méticuleusement restauré ainsi qu’un pilier en briques qui se dresse fièrement dans le paysage. Confectionner une maison autour de ces trois points d’appui exigeait une polyvalence ainsi qu’un savoir-faire. Anaïs Magnabal y est arrivée. La sensation de verticalité est accentuée grâce au volume en double hauteur ainsi que les deux façades largement vitrées. Cela permet une connexion visuelle constante avec le paysage alentour, et ceci depuis n’importe quelle pièce de la maison. Par ailleurs, soulignons que les matériaux choisis et la conception soignée assurent une certaine harmonie visuelle mais aussi fonctionnelle. Bien qu’elle garde un aspect séculaire et s’ancre délicatement dans son contexte, l’intérieur regorge d’interventions novatrices. En effet, propriété d’un électricien, ce logement est une vitrine de la domotique moderne. Entièrement connectée, la maison offre un confort optimal et une gestion intelligente de l’énergie. Cette propriété innovante est un modèle d’intégration entre technologie et écologie. Garder ce qui est déjà là, le révéler, l’améliorer, le doter de tous les procédés innovants et le préparer pour faire face aux problématiques futures est un travail qui demande une grande exigence et une application sans faille. À Garidech, la « Maison à l’arbre » constitue l’exemple d’une architecture vertueuse prête pour l’avenir !
    Image
    L'événement

    Dans le labyrinthe du design 80

    Par Anne-Marie Fèvre, le 22 juin 2023
    Expositions et livres se bousculent pour célébrer la décennie qui a redéfini le design, de Nestor Perkal, Philippe Stark à Martin Szekely… Retour sur des carambolages foisonnants. Il y a toujours eu de sempiternels engouements pour le passé ! La nostalgie cette fois s’empare des années quatre-vingt, temps revisités comme légers, démocratiques, libres. Elles ont certes marqué la fin des dogmes idéologiques, ouvrant à la «complexité» du monde théorisée par Edgar Morin. C’est vrai qu’elles ont été exubérantes et festives ! Cependant ces années furent aussi mal aimées : années fric, frime, clip, pub, look, coke… Années fastes aussi de l’État partenaire de la culture, mais apparition du relativisme culturel, de l’individualisme, du libéralisme, de l’ultra-starisation, de la communication. «On nous Claudia Schiffer» chantera plus tard Souchon en guise de bilan en 1993. Cet «âge d’or» fut en plus percuté par le Sida, les SDF, Tchernobyl… Mais en 2022, période de toutes les sobriétés et angoisses, ces eigthies sont revues comme une extravagante embellie qui fait envie, chantée par Chagrin d’amour : «Chacun fait, fait, fait, C’qui lui plaît, plaît, plaît…» C’est particulièrement du côté des musées, galeries de design et de l’édition que le design fait un grand retour. Car à l’époque, redéfini, il explose. Le mot est enfin utilisé en France. Il est représenté par une star populaire, Philippe Starck, l’objet aussi quotidien que sa brosse à dents s’arrache en 1989 1. Nestor Perkal, un éclaireur Passons d’abord à Bordeaux. Au Musée des Arts Décoratifs (Madd), Nestor Perkal a été présenté en « éclaireur » jusqu’au 8 janvier, lui qui a si bien saisi cette période 2. Et cela tombe à pic, une première biographie lui est consacrée chez Norma 3 (voir encadré). Sa naissance en 1951 en Argentine, sa formation d’architecte à Buenos Aires, sa passion pour l’art cinétique, ses voyages d’Amérique du Sud à l’Italie… ont esquissé l’identité de l’homme qui arrive à Paris en 1982. «Éclaireur» donc car dès son arrivée, il expose, dans ses galeries près de Beaubourg et puis du Marais, les meubles et objets du mouvement milanais Memphis, puis ceux de jeunes créateurs comme Javier Mariscal, Nathalie Du Pasquier, George Sowden… L’exposition est introduite par ce talent de découvreur. Se dressent ensuite quelques-uns de ses meubles noirs, dont le bureau Azul qui fera reconnaître son travail de designer. Avec les pièces réjouissantes d’Algorithme, maison d’édition créée en 1987 autour du métal argenté, c’est en directeur artistique qu’il convie d’autres designers à innover. L’exposition opère un choix rigoureux d’œuvres parlantes. À chaque fois, une nouvelle pièce confirme la passion de Perkal pour les techniques artisanales. Il se penche sur bien des matériaux – cuir, verre, bois, tissus, miroir. En 1992, il collabore avec Lou Fagotin pour la collection Les Rivières. Où il ravive la tradition des feuillardiers, de la Creuse au Périgord, en clouant entre elles de simples branches de châtaignier. Toujours passeur, à Limoges, il dirige le CRAFT (Centre de recherche sur les arts du feu et de la terre) de 1992 jusqu’en 2009. Avec lui, artistes et designers

    Laisser un commentaire

    20 + douze =